de Chloé Banerjee-Din, 4 novembre 2017

Organisé à Lausanne jusqu’à dimanche, le Toussaint’s Festival lève le voile sur les coulisses de l’enterrement. Un rituel qui se fait de plus en plus personnalisé.

A Lausanne, ces jours-ci, l’église Saint Laurent accueille une drôle d’exposition. Sous les vitraux du lieu de culte trône un cercueil peint aux couleurs vives. Rien à voir avec l’image traditionnelle de la boîte en chêne massif. Mais il y a plus original. Qui n’a jamais rêvé d’être mis en bière dans un étui à guitare? C’est possible, le modèle est aussi en exposition, avec également des urnes biodégradables, à choix, en sel et sable compacté. Voilà de quoi inspirer tous ceux qui souhaitent que leur dernier voyage reflète leur personnalité et leurs envies.

Depuis le début de la semaine et jusqu’à dimanche, le Toussaint’s Festival investit le temple lausannois avec un programme de conférences, débats et animations pour aborder un sujet tabou entre tous: la mort. Pour sa deuxième édition, la manifestation s’intéresse à l’enterrement. L’occasion de lever le voile sur les objets, les pratiques et les services qui, de plus en plus, viennent dépoussiérer ce rituel millénaire.

Le cercueil en forme d’étui de guitare vient d’une entreprise installée à Thoune, explique Alix Noble Burnand, fondatrice et organisatrice de l’événement. «On est encore un peu frileux en Suisse romande avec ce genre d’idées, précise-t-elle. Mais il y a déjà une sacrée créativité du côté des urnes funéraires.» A la fois conteuse et thanatologue, elle accompagne depuis plusieurs années des personnes qui font face au deuil, que ce soit au sein de familles, d’écoles ou même de collectivités. Son constat: «On assiste à une réappropriation du rite de l’enterrement par les individus. Dans la cérémonie, les proches veulent pouvoir à la fois reconnaître le défunt et se reconnaître eux-mêmes

Pas d’excentricités

Pour répondre à ce besoin, les églises et les pompes funèbres ne sont plus les seules à offrir leurs services aux familles endeuillées. On a connu la vogue des wedding planners, ces sociétés spécialisées dans l’organisation de mariages clés en main. Désormais, l’événementiel investit aussi le domaine des obsèques. Créée il y a une année par une jeune diplômée de l’Ecole hôtelière de Lausanne, Separate Ways se spécialise dans l’organisation de cérémonies funéraires sur mesure et personnalisées. Pour sa fondatrice, Géraldine Juge, la jeune entreprise comble un lacune: «Dans les enterrements auxquels j’ai eu l’occasion d’assister, on parlait plus de la mort que de la vie du défunt, alors que la cérémonie devrait d’abord refléter la personne décédée. J’ai moi-même perdu un proche, et pour pouvoir apporter quelque chose de personnalisé à la célébration, notre famille a dû organiser les choses elle-même dans l’urgence.»

La jeune femme adapte ses services en fonction des souhaits exprimés, mais ses clients restent dans la sobriété: «On ne m’a jamais demandé d’organiser des lâchers de ballons ou des cracheurs de feu, rigole-t-elle. C’est une question de mœurs. On reste dans des rituels assez classiques même s’ils sont rendus plus laïques. Le plus souvent, les proches veulent intervenir en disant quelques mots, passer de la musique et montrer des images du défunt. Le plus important, c’est d’être à l’écoute de leurs souhaits.»

Du tout compris au «do it yourself»

Pour ceux que même le sur-mesure ne satisfait pas, il est possible d’organiser des funérailles soi-même de A à Z, ou presque. C’est ce qu’a fait Jonathan Brocard il y a environ deux ans lors du décès du père de sa compagne: «Les seules choses que nous n’avons pas gérées sont la crémation et le transport du cercueil. Légalement, il faut un véhicule agréé», explique le jeune homme. Même le cercueil a été «fait maison». La démarche s’est révélée un parcours semé d’embûches, mais elle répondait à une impulsion profonde: «Nous nous sommes tournés vers des pompes funèbres qui nous ont proposé des offres tout compris. Mais nous ne voulions pas juste signer au bas d’une feuille et ne rien faire. L’idée était d’accomplir un dernier geste pour le défunt, lui faire une sorte de cadeau de départ.» Pour ceux qui souhaitent suivre son exemple, toute sa démarche est expliquée sur le site Internet du Toussaint’s Festival.

Une place pour la créativité

Face à cette tendance à la personnalisation des obsèques, le secteur des pompes funèbres évolue lui aussi, quitte à sortir vraiment des sentiers battus. Directrice des Pompes Funèbres du Léman, à Vevey, Sarah Joliat a évoqué ses propres expériences lors d’une table ronde organisée jeudi avec d’autres professionnels de l’enterrement. «Nous savions qu’une dame dont nous préparions les obsèques aimait la forêt, se souvient-elle. Du coup, nous avons proposé de remplacer le capitonnage du cercueil par de la mousse naturelle.» La jeune femme a créé son entreprise il y a six ans avec la ferme intention de proposer quelque chose de différent: «A l’époque, les pompes funèbres étaient un domaine très traditionnel, qui dégageait quelque chose de pesant et d’impersonnel. Je voulais apporter plus de créativité, de légèreté et d’humanité. On peut faire en sorte que la mort soit moins taboue, conclut-elle. Pour cela, il faut laisser les gens s’en approcher de la manière la plus naturelle possible.»

Les funérailles dépoussiérées (PDF)

Source : 24 heures