La mort est une réalité pour beaucoup dans ce contexte de pandémie. La fin de vie est vécue de manière dramatique, mais le coronavirus bouleverse également les premières étapes du processus de deuil que les personnes soient décédées du Covid-19 ou non.

Obsèques dans la plus stricte intimité

Contrairement à certains pays d’Europe comme l’Italie ou l’Espagne, la Suisse autorise les cérémonies funéraires. À Genève, la limite est de cinq personnes, mais une exception jusqu’à vingt personnes peut être faite – célébrant et personnel inclus – avec le respect de la distance sociale. Or, bien que les obsèques se déroulent parfois dans l’intimité, l’audience est habituellement plus grande que cela, surtout si le défunt était très entouré. Nombreux sont donc les proches qui ne peuvent se rendre à des funérailles alors que normalement, on y assiste spontanément pour rendre hommage ou soutenir. Les familles doivent-elles vraiment choisir qui sera présent?

Quel impact sur les proches ?

Ces rituels sont fondamentaux et donnent une réalité au décès. Ils ont une fonction de réunion, de manifester des liens d’affection, de partage et de proximité. Rendre un dernier hommage permet de commencer son deuil et le geste collectif de la cérémonie d’adieu est un besoin que l’on a toujours eu. De ce fait, si des proches n’assistent pas aux obsèques, cela peut être perçu comme une irréalité qui peut laisser des séquelles.

En cette période de pandémie, le commencement du deuil est ainsi très difficile car le rite n’est pas réalisé comme on le voudrait ; on ne vit pas les funérailles comme on le souhaiterait. De plus, les familles ne peuvent pas se serrer dans les bras alors que le contact est si important dans ce contexte. Cependant, selon un entretien de Christophe Fauré, psychiatre et psychothérapeute spécialiste du deuil, par le journal Ouest France, le deuil se fait naturellement quoiqu’il arrive. « Quand on perd un proche, il y a un processus inconscient qui échappe à notre volonté, à notre raison, qui permet de cicatriser la plaie psychique. Le fait de ne pas accompagner ne va pas bloquer le processus de deuil, mais il y a en revanche un surcroît de souffrance ».

Quelles sont les solutions face à cette restriction ?

Il existe plusieurs alternatives afin de ne pas interrompre un processus en cours et rendre le dernier adieu tangible pour tous. Premièrement, les funérailles en comité restreint peuvent être filmées* pour que cet au revoir soit partagé en direct afin que tous les proches y participent. Il est également possible que les obsèques soient photographiées pour permettre d’immortaliser ces instants si importants. Alix Noble, thanatologue, parle dans une vidéo de sa méthode des cinq bougies à allumer progressivement pendant la cérémonie : une pour les générations qui nous ont précédées ; une autre pour les personnes présentes ; la plus grande pour le défunt ; la quatrième pour les proches qui auraient voulu assister à la célébration, mais qui ne sont pas présents et la dernière, pour ceux qui ne sont pas encore nés. De plus, les proches à distance peuvent écouter des musiques que le défunt aimait et lui consacrer un temps d’hommage avec une bougie et une photo à l’heure de la cérémonie funèbre. Écrire un texte peut aussi être source d’apaisement ; autant de gestes symboliques permettant d’honorer la mémoire de l’être aimé. Malgré ces solutions accompagnant l’inhumation et l’incinération, cela ne satisfait pas toujours les familles, car elles ne remplacent pas la présence d’une audience.

Il est donc également possible de reporter la célébration ou d’en organiser une deuxième après le confinement. Même si une petite cérémonie a eu lieu dans un centre funéraire ou au cimetière, il semblerait qu’il y ait un besoin de commémoration. En effet, la majorité des avis mortuaires parus dans les journaux ces dernières semaines indiquent qu’un dernier adieu se déroulera ultérieurement. Cela permettra à toutes les personnes qui veulent assister à ce rituel d’être présentes, avec toutes les interventions que l’on souhaite faire. Les endeuillés ont la possibilité de préparer le contenu pendant la période de confinement ce qui peut les apaiser et les rendre actifs dans cette étape si importante. Cela passe par le choix des textes ou des différents discours parlant du défunt et des souvenirs avec lui. Un hommage peut aussi s’inscrire à travers une sélection musicale et des photos que l’on souhaite diffuser. La préparation d’un livret avec la liste de ces interventions peut être un joli souvenir à ramener chez soi. De plus, les familles peuvent réfléchir à organiser cette célébration dans un endroit cher au défunt et en plein air. Il y a plus de choix qu’en temps normal, car cette cérémonie commémorative se déroulera sans la présence du cercueil, imposant pour certains lieux. En effet, l’inhumation ou la crémation doit avoir lieu dans les cinq jours qui suivent le décès et malheureusement, une cérémonie après le confinement devra subir cet impératif. Cependant, l’urne avec les cendres peut être placée devant l’assemblée, dans les cas de crémation, à côté de fleurs et d’un cadre photo pour rappeler la présence de l’être cher. Enfin, la célébration se poursuit en général par une verrée, moment de convivialité important pour ceux qui restent. Les mesures actuelles ne permettent pas de se réunir dans un café ; reporter ou faire une double cérémonie donne donc la possibilité d’organiser cet événement qui la suit et de partager quelques instants de réconfort avec son entourage.

Les mesures pour éradiquer le coronavirus ne permettent pas de commencer son deuil et de célébrer la vie du défunt selon nos habitudes ; les endeuillés se trouvent face à une souffrance d’autant plus grande. Toutefois, dans un délai plus large, il est possible de se rapprocher au maximum de l’essentiel: rendre hommage, se réunir et se soutenir.

 

Géraldine Juge, Fondatrice de Separate Ways

 

La coordination et la logistique que cet événement requiert peuvent être élaborées en famille, mais aussi avec l’aide de Separate Ways.

*Separate Ways, par le biais de son réseau de partenaires (Everlife.chElegie), peut mettre en place le matériel afin que la famille n’ait pas à se charger de l’enregistrement sur place.

Consultez les informations liées à la prévoyance funéraire sur ce lien.